Conférences de printemps

Conférences printemps 2018
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Grâce aux écrits de témoins de l’époque, Alexandre de Miller de La Cerda a fait le portrait d’Eugénie, plus précisément Maria Eugénia Ignacia Agustina de Palafox-Portocarrero de Guzman y Kirkpatrick, marquise d’Ardales et de Moya, comtesse de Teba et de Montijo… plus simplement Eugénie de Montijo. Née le 5/5/1826 à Grenade (en plein séisme), fille d’un franc maçon libéral soutien de Joseph Bonaparte, elle hérite du teint pâle nuancé de roux de sa mère écossaise (apparentée à De Lesseps concepteur du canal de Suez, inauguré en 1869 et où elle sera présente). Elève moyenne, très vive… elle suit sa famille immigrée à Paris suite aux soubresauts politiques espagnols et l’épidémie de choléra en 1835. Fort dépitée quand sa soeur est mariée au Duc d’Albe dont elle était amoureuse, après plusieurs tentatives de suicide… bals, fêtes et distractions mondaines lui font cottoyer la princesse Mathilde, voir Louis-Napoléon, voyager dans les capitales européennes, tandis que sa mère lui cherche un mari… car nous sommes déjà en 1850!
Louis-Napoléon bien que Président, n’a pas très bonne réputation et quelques difficultés à trouver “le bon parti” auprès des cours européennes; aussi le mariage en 1853 avec la comtesse Eugénie de Montijo rassure tout le monde. Dès 1854, Biarritz devient la villégiature impériale (tandis que San Sébastian, villégiature royale espagnole, est assiégée par les carlistes). La famille d’Eugénie est liée aux provinces basques et Napoléon III ayant fait la connaissance d’Antoine d’Abbadie sur le bateau les menant aux Amériques, est également intéressé par la culture et la langue basques. Ils s’installent au château Gramont…
Eugénie perd un enfant après une chute de cheval, aussi les séjours en cure thermale seront nombreux pour améliorer sa santé. Biarritz modeste bourgade, devient le rendez-vous de toutes les élégances lors d’opulents séjours… Les constructions fleurissent, dont la villa Eugénie (sept1854 à juil1855). Le couple impérial voyage en train (6h entre Bordeaux et StEsprit réuni à Bayonne en 1857): les voies ferrées s’allongent de 3870km en 1852 à 17000km en 1870 grâce au bond spectaculaire de l’industrie (métallurgie x5).
Mars1856: naissance de l’héritier Napoléon-Eugène-Louis-Jean-Joseph Bonaparte (qui sera tué à 23 ans par les Zoulous en Afrique du Sud). Des extraits de la presse de l’époque mentionnent les festivités d’accueil des grottes de Sare, de Bidache, Ainhoa, Zugarramurdi, LaRhune/Ascain, StJeandeLuz… les réceptions à la villa Eugénie avec des invités par “séries”.
Eugénie a un goût marqué pour les choses de l’esprit, pour l’Histoire, avec un fort besoin d’activité intellectuelle. Mérimée est son ami de toujours. Eduquée pour le dessin, l’aquarelle… elle a lancé le jeune peintre bayonnais Léon Bonnat.
Ses fondations de charité, d’enseignement, hospitalières et les divers patronnages caractérisent sa générosité.
Présente à l’accueil des souverains étrangers, ses nombreux voyages à Londres d’abord, amèneront la reine Victoria et le prince Albert à venir en France pour la première fois depuis 1520.
Très religieuse tout en respectant toutes les croyances, l’Impératrice mit fin aux tourments de Bernadette de Lourdes (face aux anticléricaux). Elle visitera la grotte en 1869… et voie ferrée, construction de l’église, Lourdes Mariale s’en suivront!
Régente par trois fois (quand Napoléon III est en campagne d’Italie, en Algérie, en guerre franco-prussienne), elle se réfugie en Angleterre après la chute de l’Empire le 4/9/1870, en déplorant l’annexion de l’Alsace-Lorraine en 1871Qu’elle contribuera à récupérer en 1918, confiant une lettre du Roi de Prusse Guillaume Ier datée de 1870, à Clémenceau Président du Conseil.
Si Napoléon III meurt en 1873 à 65 ans à Chislehurst, Eugénie vivra 94 ans avant de décéder à Madrid. Les possessions en France, dont Biarritz, seront vendues et la famille impériale est inhumée à l’abbaye SaintMichel de Famborough au Royaume-uni. Alexandre de La Cerda nous confie que Jean-Marc Banquet d’Orx descendant d’un fils natural de Napoléon III entamerait des démarches pour les rapatrier en France.
Localement, le passage d’Eugénie est bien marqué:
– dans l’église SaintGermain à Navarrenx où deux tableaux sont offerts en remerciement des bons soins du Dr Darralde maire de la cité
– à l’église d’Araujuzon, un ostensoir offert par Eugénie en remerciement de l’aide apportée quand son carrosse versa au Vieux-Pont et qu’elle s’en tira indemne plus “l’appui” pour la construction du deuxième pont.
Tandis que la liste des grands acquis nationaux (et au-delà) est bien longue, plus régionalement le conférencier nous cite: l’arrivée du chemin de fer sur la côte basque, jonction avec la ligne de Madrid, routes, quais de Bayonne, ports de Biarritz et de Capbreton, digues de Socoa et de l’Artha à Saint-Jean-de-Luz), ensemencement des dunes d’Anglet, assèchement des marais d’Orx, plantation de la forêt de pins et mise en valeur des Landes, création du domaine agricole modèle de Solférino, surveillance des nombreux abus des agences de recrutement pour l’émigration (décret impérial de janvier 1855), aides diverses dont restauration de monuments, orgues dont celui de Saint-André à Bayonne…
La modernité industrielle et urbaine de l’époque, était associée à une France rurale plus prospère, avec un progrès social en marche… Tout un programme!

Les recherches entreprises par Bernard Desbonnet, à partir de fonds privés des familles, l’ont amené à découvrir quatre générations de nobles béarnais aux parcours historiques riches et variés.
Au XVème siècle, tout commence avec le jeune cadet Jean de Méritein, homme d’armes sous les ordres de Gaston du Lion (de Vielleségure), en Armagnac sous Louis XI, en Lorraine contre Charles le Téméraire… Jean de Méritein gagne ses galons aux combats et obtient en remerciement, une lettre de naturalité pour ramener ses biens en Béarn (pays voisin). En 1480, il peut se marier avec l’héritière Catherine de Béarn. Passé du Roussillon en Normandie, il termine  au centre du pouvoir béarnais… Veuf sans héritier, Jean de Méritein se remarie et aura deux enfants : ses biens sont alors conséquents avec les seigneuries de Castillon, Oroignen, Esgoanabaque, Cardesse… métairies, moulins, vignes… Après son décès en 1497 (et celui de son fils Valentin en 1507), sa fille Catherine de Méritein devient demoiselle de compagnie de la reine Catherine de Navarre qui organise son mariage avec Jacques de Sainte-Colomme, «homme de guerre» en Italie, lieutenant de César Borgia… qui verra son retour en 1516 avec les armées défaites de François Ier et sa nomination maire de Bayonne en 1518, puis son décès en 1523.
Le couple est à l’aise financièrement, avec la bonne gestion de Catherine durant 20 ans (70% revenus fonciers – 20% dîmes – 10% droits divers). Ils auront 3 enfants : Jacques, Tristan et Madeleine.
L’aîné, Jacques de Méritein Sainte-Colomme, hérite à sa majorité et se marie en 1538 avec Catherine de Montbrun qui meurt en laissant sept orphelins. Troubles religieux et négligences font que la situation se dégrade en 1550 avec ventes et emprunts. Deux fils de cette famille traditionnellement catholique, s’opposent au protestantisme de Jeanne d’Albret. Jacques « père » rétablit la situation à Oloron, mais voit ses biens confisqués en 1570 pour traîtrise et rébellion après son mandat par procuration (des Etats de Béarn à Lucq) pour chercher des fonds en Espagne. Il meurt à Bayonne en 1573 tandis que ses biens sont vendus aux enchères.
Un de ses fils, Jacques, bénéficiera des avoirs d’un oncle en 1574, alors qu’après ventes et remboursement des dettes, ne reste qu’une partie de la seigneurie d’Oroignen en 1592. Sa carrière militaire est fournie (Metz – Açores – Provence)… On retrouve ce « troisième » Jacques à Mont-de-Marsan ville catholique… et très apprécié à Toulon dont il fut gouverneur. Il meurt d’un coup d’arquebuse, sans héritier.
Sa sœur Jeanne reprend les possessions d’Oroignen qui seront vendues six ans après son décès, en 1608, à un autre Jacques… d’Abbadie, mais c’est une autre Histoire !

Michel SYNDIQUE, animateur des ateliers de paléographie béarnaise du C.H.Ar, s’est inspiré des contrats d’apprentissage, registres notariés, archives locales et divers éléments de notre Histoire pour traduire chronologiquement, l’évolution de la médecine.
En 1163 au Concile de Tours, « l’Eglise a horreur du sang et seul Dieu est maître de la maladie ».  En 1215 au Concile de Latran, prêtres et religieux sont interdits de chirurgie considérée comme un acte de barbarie. Qui peut alors les remplacer ?
Les barbiers, méprisés, utilisent des objets coupants… les voilà désignés… Même mal formés, ils feront ce qu’ils peuvent ! A la Renaissance, Ambroise Paré lui-même barbier, cautérise, suture… La médecine chirurgicale évolue…
Au 17ème en ville, séparation des tâches entre barbiers et chirurgiens… Tandis que Louis XIV ayant une fistule annale sera soigné par un barbier-chirurgien lui conférant plus d’honorabilité (et même de publicité déjà !). Le 26/3/1789, Louis XVI nomme Guillaume Labat barbier-chirurgien à la Cour de Pau.
La répartition des rôles se précise quand le médecin universitaire est seul autorisé à délivrer des médicaments, tandis que le barbier-chirurgien à la formation empirique puis en apprentissage, ne pourra le faire sans ordre du médecin. Les medges, entre médecins et guérisseurs (souvent issus de cagots) soignent autrement, sans formation universitaire.
Les besians entrent en scène avec les premiers contrats de prestations établissant nombre et tarifs de coupes, saignées, extractions de dents, lavements, ventouses, potions… payables en froment.
Différents actes notariés détaillent la collaboration chirurgien et médecin (Verdets 1652) ou un contrat de soins pour se préserver en 1500 à Sauveterre (ancêtre du contrat d’assistance !) ou un contrat d’apprentissage « médecin de coyous » (1565 Nay)…
Les barbiers-chirurgiens sont en première ligne lors des très nombreux épisodes de peste à Navarrenx et dans le Béarn de 1348 à 1653, allant même en renfort en Espagne proche. Leur expertise médico-légale est souhaitée par la Cour de Justice (1374 Lagor).
La lutte contre le charlatanisme est active (For 1551) et les procès en sorcellerie sont nombreux : une visite médicale « au-dessus de la ceinture » est pratiquée par un barbier-chirurgien, avec constat détaillant les éventuels « points du Diable » … ou autre plaies… étudiées ensuite par la Cour des Jurats (1775 Sauveterre).
Le coût de la santé est déjà exorbitant : un soin à la tête 24 florins = 3 mules ou 10 florins = 5 vaches… Le taux de mortalité est important… Nous sommes loin de la sécurité sociale !

Vendredi 9 mars, Le Pr CHAREYRE, Professeur en Histoire Moderne à l’UPPA de Pau, a donné une conférence, sous l’égide du C.H.Ar, intitulée « le livre en Béarn à la Renaissance ». Il a déroulé l’historique de l’imprimerie inventée par les chinois en l’an 1000. Gutenberg, à Mayence en 1450, modernise l’imprimerie par la création des caractères métalliques, et par méthode de fonte, va utiliser une presse permettant d’imprimer plusieurs pages à la fois, d’une qualité uniforme. Ensuite, elle se répand au travers des villes de l’Italie du Nord dont Venise, puis Paris, Lyon, Toulouse, Pampelune. Le premier imprimeur arrivé en Béarn fut Louis Rabier qui s’installe à Orthez en 1483, haut lieu de l’Académie Théologique en Europe chargée de former les Pasteurs.
Après la période des incunables fin XVème (manuscrits à typographie de caractères mobiles gothiques), l’imprimerie évolue avec la création de nouveaux caractères romains et italiques, de couvertures, paragraphes, table de matières, index et c’est celle-là qui se développe en Béarn.
Louis Rabier a imprimé « les psautiers béarnais », sept thèses, des ouvrages de contre verse, politiques et administratifs, les « fors du Béarn » en 1602.
Après son décès en 1606 et ses fils ayant choisi d’autres activités, c’est Abraham Rouyer qui lui succède à Orthez tout en gardant sa librairie à Bordeaux (1610-1630). Il imprime « l’avant victorieux », « Navarre en deuil » (au décès d’Henri IV), « recueil de prières », des séries de textes polémiques contre le rattachement du Béarn à la France.
Puis Jacques Rouyer, un de ses fils successeur, imprime des ouvrages poétiques, des ouvrages administratifs, les « règlements du Béarn ». Ensuite arrive la famille Desbarats, concurrents ; l’imprimerie s’installe alors à Pau.

Retour sur la conférence du 2 février dernier « la bataille de Roncevaux entre légende et réalité… ou l’inverse », qui a connu un franc succès à Navarrenx !
Après avoir décrit ses sources de recherches historique (la vie de Charlemagne « Vita Karoli Magni » et « la chanson de Roland », Martine Chéniaux remet à jour nos connaissances scolaires sur le sujet !
Il y a bien eu une bataille transpyrénéenne en 824, « réglée en une heure » par l’embuscade basque (et non les sarrazins!) attaquant l’arrière-garde de la lourde armée de Louis le Pieux (et non Charlemagne, décédé en 814). Les Francs empêtrés par un armement peu adapté au terrain escarpé, ne peuvent résister à la vélocité des Basques bien entraînés à la guérilla en montagne et décidés à venger l’outrage subi quelques années auparavant… (Versant nord des Pyrénées détruit par Louis le Pieux, dont Saint Jean le Vieux).
Une démonstration des armes de l’époque « plante bien le décor » !
Quant à Roland… enfant caché fruit d’inceste entre Charlemagne et sa sœur, ou légende pyrénéenne d’un géant au cheval à griffes… Une belle légende en a fait un héros au début du XIIème siècle, à l’heure des croisades et du départ des pèlerinages à Saint Jacques de Compostelle… les premières « fake news » déjà !

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