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Un Centre d’Interprétation à Navarrenx 

Le Centre d’interprétation de Navarrenx a pour vocation de valoriser et de rendre accessible le patrimoine et la culture spécifiques de la ville et de ses environs à tous les publics. Cette démarche se traduit par la présentation de collections, de maquettes, de plans qui permettent d’établir l’histoire et l’évolution de la cité des origines à nos jours. Les aménagements scénographiques sont réalisés par des artisans locaux. Les différents thèmes que nous allons évoquer y sont développés.

 

Une position stratégique :
L’existence de Navarrenx est attestée depuis le 1er siècle de l’ère chrétienne mais l’histoire de la ville commence avec le règne du vicomte Centule IV (1022-1058). Implantée à proximité d’un gué du gave d’Oloron en zone frontière entre le Béarn et la Soule, la ville occupe une position stratégique forte et contrôle un axe de circulation important. Passée sous le contrôle des vicomtes de Moncade, elle prend de l’importance sous les règnes des vicomtes Gaston VI et Gaston VII Moncade qui la dotent de ses équipements les plus importants. Gaston VI en 1180 y prescrit la construction d’un pont, d’une commanderie d’Hospitaliers, d’un hôpital pour l’accueil des
jacquets et d’une chapelle Saint-Antoine.

 

La Bastide de Navarrenx :

En 1316, le bourg médiéval reçut le statut de bastide et par conséquent le bénéfice du Fors de Morlàas, la charte de la capitale de Béarn des XIe et des XIIe siècles, conférant à ses habitants la liberté et divers privilèges. Ce statut de bastide permit une organisation municipale avec des jurats, des gardes, (chargés de la sécurité publique) et des clavers (trésoriers ou garde-clés) choisis par les habitants. Navarrenx s’entoure alors de fortifications et son urbanisme est planifié : la bastide est constituée.

La Bastide est une ville neuve du Moyen Age. Navarrenx est une des cinq bastides dont la fondation est ordonnée par la vicomtesse Marguerite, la troisième fille de Gaston VII Moncade. Elle est l’ordonnatrice de la charte de fondation datée du mois d’août 1316.

« Qu’il soit connu de tous que nous, Marguerite, par la Grâce de Dieu comtesse de Foix, vicomtesse de Béarn et de Marsan, octroyons et donnons en notre nom et en celui de tous nos successeurs avec leur descendance (aux) colons (poblans) de la bastide de Navarrenx qui sont présents ou qui le seront en tout temps, pour toujours, les fors et coutumes de la ville de Morlaas »

Le statut de bastide donne en partie l’identité de la ville de Navarrenx actuellement. Outre les libertés personnelles qu’elle donne le statut de bastide a un réel impact sur l’urbanisme de la cité. Ceci se traduit par un eplace de marché centrale, par l’ordonnancement des rues en angle droit, le système lotissement régulier propre au parcellaire des bastides toujours bien visible à Navarrenx en dépit de l’évolution de la cité. Tout comme l’établissement du marché. En effet, la charte de 1289 instituait un marché de 15 jours en 15 jours le mercredi

Enfin, Gaston VII est probablement à l’origine de la création de la Castérasse, structure fortifiée protégeant le pont et entourée d’une enceinte — lo clauson — fermé de murs et flanqué de tours dans lequel la population pouvait se réfugier en cas d’insécurité.

 

  Navarrenx, première cité bastionnée de France :

Dès 1510, le roi de France avait entrepris de rénover ses forteresses en Aquitaine. C’est à cette époque que les villes de Bayonne, Dax et Bordeaux furent réaménagées. Tous ces travaux étaient inspirés et parfois même dirigés par des architectes venus d’Italie, à l’instar d’Anchise de Bologne notamment. Toute une génération d’experts transalpins, peu nombreux mais influents, remodela ainsi entre 1535 et 1540 les places fortes françaises. L’un d’entre eux, Fabrizio Siciliano, fut choisi par Henri II d’Albret, roi de Navarre et souverain de Béarn en 1538. Compagnon de François 1er lors des campagnes italiennes il avait compris l’intérêt de moderniser ses équipements militaires. Il charge Siciliano de reprendre la fortification de la ville de Navarrenx dont il voulait faire la place forte du Béarn face à la Navarre espagnole et la proche Soule française. Aux hautes tours médiévales, vulnérables à l’artillerie, les ingénieurs italiens préféraient les « boulevards » ou bastions. Les formes rondes cédèrent la place aux angles et les masses de terre entrèrent en concurrence avec la pierre et la brique. Achevée dès 1549, Navarrenx, avec son dispositif de remparts dits «élastiques », appuyés sur de forts talus et son système d’angles saillants protégés par des bastions, et demi-bastion à simple face ou à orillons, sans être révolutionnaire, représentait un exemple d’architecture militaire à peu près unique en France au début du XVIe siècle.

Même si les Béarnais n’ont pas connu les affres des guerres civiles qui secouèrent la France pendant presque un demi-siècle, ils ont subi l’invasion française de 1569. Le conflit a été marqué par le siège de deux mois de Navarrenx, cité fortifiée et dernier rempart contre les invasions, et les affrontements sanglants d’Orthez. Le capitaine Terride placé en 1569 à la tête de troupes catholiques par le roi de France désireux d’annexer l’État souverain protestant de Béarn alors gouverné par Jeanne d’Albret, éprouva lorsqu’il assiégea Navarrenx, la qualité défensive de la citadelle qu’il ne put soumettre en dépit des 1800 charges d’artillerie qui en battirent les remparts. Et au final Navarrenx permit aux forces béarnaises de Jeanne d’Albret, commandées par le baron d'Arros, de conserver leur indépendance pour quelques années encore.

En dépit des fortifications, qui ont en partie détruit le bâti médiéval, Navarrenx reste marquée tout à la fois par son statut de bastide mêlé à sa vocation militaire

 

Sur les traces des pèlerins :

L’axe qui traverse Navarrenx devient au XIe siècle la voie majeure du Puy-en-Velay pour les pèlerins de Compostelle. Situé sur une des routes conduisant vers les cols pyrénéens et le grand pèlerinage médiéval de Santiago, Navarrenx a donc un hôpital pour accueillir ces voyageurs et permettait de franchir le gave, d’abord par une passerelle, puis par un pont dont Gaston VII Moncade (au milieu du XIIIe siècle) jeta les bases comme pour ceux de Sauveterre et d’Orthez. Aujourd’hui encore cette culture jacquaire est très forte à Navarrenx qui reçoit près de 11000 pèlerins par an.

 

  Ville militaire et de garnisons :

  A partir du XVIe siècle, Navarrenx conserve sa position de ville militaire et de garnison. Elle subit de nouveaux aménagements avec la construction de casernes et l’édification d’un arsenal important. Mais en 1814 le blocus de la cité par une division espagnole de l’armée de Wellington poursuivant celle du Maréchal Soult dans sa retraite d’Espagne ont révélé la faiblesse de la cité bastionnée par rapport à l’évolution des techniques de siège et d’artillerie. Son rôle dans la défense de la frontière espagnole était devenu négligeable car elle en était trop éloignée.

  C’est ainsi que le déclassement militaire de la ville fut prononcé en 1868 par ordre impérial et que la ville se vida de ses garnisons.

 

Personnages historiques

Parmi les personnages qui ont marqué l’histoire et le patrimoine de la ville de Navarrenx ou la proche région, on peut citer le baron Bernard d'Arros, lieutenant de la Reine de Navarre, lors du siège de Navarrenx en 1569, le Docteur Prosper Darralde, médecin de l’Impératrice Eugénie de Montijo (1804-1860) à qui l’on de très belles reproductions de tableaux de Maître, visibles à l’Eglise, mais on doit aussi à son fils le bel hôtel particulier qu’il a légué à la Commune. D’autres personnages de réputations internationale peuvent être cités, comme le Professeur de sociologie Henri Lefebvre, Pierre Hourcastrémé philosophe et savant, Bertrand Dufresne ; cagot au destin exceptionnel. Tout près à Ogenne-Camptort, on peut citer Pierre Palassou savant minéralogiste et le Chanoine Laborde historien régionaliste. Mais peut-on passer sans dire que le plus célèbre des gouverneurs de la Place forte, fut un certain d’Artagnan : le frère du héros du roman d’Alexandre Dumas: Paul de Batz de Castelmore..

 

 Navarrenx, capitale de la pêche au saumon

La vallée du gave d’Oloron est connue pour la richesse des rivières en salmonidés, en raison de la pureté des eaux des gaves très oxygénées. De tous temps le saumon constituait une base de l’alimentation des populations riveraines. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, mais c’est la pêche sportive qui perdure et amène de nombreux amateurs, en sus des pêcheurs locaux. Cet or rose fait l’objet de beaucoup de préoccupations des responsables locaux du milieu halieutique, et chaque année, au début juillet, un concours récompense les plus chanceux des pêcheurs, ce qui donne lieu à une fête culinaire. Ce concours est pompeusement baptisée « championnat du monde de pêche au saumon »

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